Ethique, blog et hip hop

Publié le par Ayalong

Ne refusant aucun débat, fût-il sensible, la rédaction de "Pimp My Blog !" dévoile aujourd'hui son opinion sur l'éternel dilemme des journalistes d'investigation qui sortent du lot et qui changent forcément et de mode de vie et de façon de penser lorsque l'argent commence à affluer... Eclairage.

 

Fubiz : Tu crois que t'es encore crédible quand tu critiques  le hip hop depuis ta suite - louée à l'année - au Crillon ?

Ayalong : J'm'en tape... Tiens, reprends un peu de homard, c'est ma tournée !

Nous sommes dans la suite royale que Ayalong loue (sur le compte de "Pimp My Blog!") dans le célèbre hôtel de la place de la Concorde. Comme d'habitude, lorsque les caméras et les appareils photos sont loins, il a revêtu sa tenue d'intérieur préférée : un peignoir en soie sauvage gris perle et des pantoufles à 300€ de chez John Lobb. Son jean large et son sweat-shirt manches longues Enyce sont soigneusement pliés sur un chevalet. La blanchisserie de l'hôtel vient de les ramener.

Ayalong : Faut que j'en prenne soin. L'autre jour, ces caves me l'avaient tellement bien nettoyé que j'ai failli me faire griller.

"C'est sûr que c'est pas dans la limousine que tu vas le salir," ajoute Fubiz en rinçant ses doigts dans l'eau citronnée.

Depuis quelque temps, les conférences de rédaction ont pris une drôle d'allure. Ayalong a troqué son studio au Champy pour un petit appart' tranquille à Montreuil, puis, les ventes aidant, il a acheté un immeuble rue Montaigne. Mais comme ses sagouins d'amis - dont il n'arrive pas à se défaire - ne voulaient rien respecter et refusaient obstinément de mettre des patins pour préserver le parquet délicat, il a préféré prendre parallèlement cette suite dans un palace.

Ayalong : Pour 3 000€ par jour on aurait tort de se priver !

Hen Loc : Mais ta crédibilité dans le milieu ?

Ayalong : C'est pas un souci. Je continue à m'afficher avec des actrices du X, même si elles sont vraiment vulgaires ; j'écoute des nouveautés... tiens l'autre jour, j'ai même pris le métro !

Fubiz et Dub No : Ah!

Fubiz et moi ne sommes qu'à moitié convaicus par le discours. Certes, la barre symbolique des 100 millions de visiteurs uniques par jour vient d'être franchie et les pages de publicité sont désormais mises aux enchères. Mais là, nous nous demandons d'un regard si le blog n'est pas en train de perdre son âme...

Ayalong : Flippez pas! Tout est dans le ton! Tant que je balance sur quelques ténors du rap, je reste crédible, on continue à m'inviter dans des émissions et... MERDE ! J'avais demandé de la béarnaise avec le homard et ils me servent leur sauce au beurre, ils veulent que je déménage au Ritz ou quoi ?!

Fubiz : Tu vas pas sonner les mecs pour ça ?!

Ayalong : Et comment! L'autre jour, il a fallu que je les appelle à 2 heures du mat' parce que le keum de la chambre d'à côté poussait le son trop fort... Tiens, prenez un cigare! De toute façon, ces hôtels, ça a l'air mortel vu de l'extérieur, mais en vrai... Enfin, il paraît que c'était mieux avant. C'est Paul-Loup qui m'a dit ça l'autre jour, à Saint-Denis.

Dub No : Sulitzer à St-Denis ?!!!!

Ayalong : Ouais! On était invités à St-Denis de la Réunion pour un gala de je sais pas quoi. T'as beau dire, les nanas de la jet-set, c'est quand même autre chose... Tiens d'ailleurs, il faudrait faire Paul-Loup dans le prochain billet. Il kiffe grave Alicia Keys et Snoop, et en plus il a des anecdotes mortelles sur Nadine de Rothschild.

Bon, ça y est, il part en couilles, semble me signaler Fubiz d'une mimique. Inquiet également mais toujours optimiste, je m'accroche aux quelques signes encourageants que je crois dicerner dans la pièce, tels ce tag sur une tenture en shantung rose qui représente mon salaire annuel. Mais en interceptant mon regard, Ayalong me ramène à la réalité...

Ayalong : Il ne respecte rien (dit-il en parlant de notre stagiaire-graphiste du blog Muim). Je l'emmène se nipper chez Smalto et il ne trouve pas mieux qu'un costard à rayures et des pompes bicolores. Il dit qu'au pays il sera respecté comme ça! En attendant, quand mon conseiller financier vient, je passe pour un branque.

Vaincu, Fubiz n'a même plus la force de faire honneur au champagne millésimé et à l'une des call-girls polonaises que Ayalong a eu la délicatesse d'inviter.

"C'est abusé, j'ai demandé exprès qu'ils en envoient une qui parle aussi espagnol pour toi!" se désole Ayalong en réglant tout de même les 2 500€ que coûte le déplacement de la demoiselle. Enfin, se dirigeant vers ses vêtements habituels, pliés et amidonnés, il nous porte le coup de grâce...

Ayalong : Bon, c'est pas le tout mais ce soir je passe au "Grand Journal". Je vais être obligé de sortir le déguisement! Il devrait y avoir Stomy Bugsy. Il m'a promis qu'il allait me filer un ou deux tuyaux boursiers...

                                                                                                                              Hen Loc

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